Témoignage : Le deuil de la maternité est un processus long et difficile et je n’en suis qu’au début

Mélissa a accepté de me raconter son histoire et ses difficultés pour avoir un enfant.  Comme Ludivine et moi, elle souffre d’endométriose, une maladie très douloureuse et méconnue, qui touche entre 2 et 4 millions de femmes françaises.

J’ai arrêté la pilule en décembre 2014, j’avais 33 ans et mon compagnon 40. A cette époque bien évidemment nous ne doutions pas une seconde de notre capacité à enfanter. C’était sûr, dans les 6 mois j’étais enceinte ! De plus en plus de couples autour de nous agrandissaient leur famille et nous nous sentions déjà un peu en marge. Les mois ont passé, doucement. Et tous les mois les règles venaient sanctionner l’attente.

10 mois plus tard, en septembre 2015, je tombe enceinte naturellement. Malheureusement cette grossesse se termine par une fausse couche prématurée à 8 semaines. Cette fausse-couche marque le début de la descente en enfer pour moi et une première dépression que je réussis à surmonter tant bien que mal.

En mai 2016, nouvelle grossesse spontanée… mais grossesse extra utérine, opération en urgence avec hémorragie interne, je n’échappe pas à l’ablation de la trompe droite, second coup dur.

A la fin de l’année 2016, inquiétée par ces premières difficultés, je me dirige sur les conseils de mon médecin vers une gynécologue pour faire le point. Le contact se fait facilement, elle sait nous écouter et faire preuve de bienveillance mais confirme nos pires craintes : ma réserve ovarienne est au ras des pâquerettes et mon compagnon est atteint d’oligo-asthéno-tératospermie. Elle nous annonce que nous devons commencer la PMA immédiatement. Nous sortons de ce rendez-vous complètement anéantis, le ciel nous est tombé sur la tête. Troisième coup dur.

En janvier 2017 nous nous lançons officiellement et plein d’espoirs dans l’aventure PMA. Nous faisons tous les examens possibles et imaginables, bilans hormonaux, IRM, hystérosalpingographie… il en ressort qu’en plus de ma réserve ovarienne faible je suis atteinte d’endométriose au stade III, ce qui explique les années de douleurs lors des règles et les difficultés à mener une grossesse normalement. J’ai, de plus, de nombreux kystes ovariens de grande taille, kystes qui ne tarderont pas à faire des siennes puisque je suis opérée une nouvelle fois en urgence pour une rupture de kyste avec hémorragie interne en avril 2017. Cette hémorragie, je ne le sais pas encore, va aggraver mon endométriose. Quatrième coup dur.

Cette fois décision est prise de ponctionner tous mes kystes en vue de la 1ère FIV ICSI programmée à la fin d’année 2017. Cette FIV aboutit à un échec en décembre, le seul blastocyste dans lequel j’avais mis tant d’espoir refusera de s’installer…

Mais 2 semaines plus tard, surprise ! Je suis enceinte spontanément. Les miracles existeraient-ils ? Evidemment non. Fausse couche spontanée fin janvier 2018, le jour de mon anniversaire, quelle ironie…

Suivent plusieurs mois de traitements pour bloquer mon endométriose et une nouvelle dépression.

Nous étions déjà au bout de notre cheminement à ce moment-là. Certes, nous n’avions pas fait les 4 FIV « réglementaires », seulement une, mais nous n’en pouvions déjà plus. Mon compagnon ne supportait plus de me voir malade sans cesse et les aller-retours aux urgences et moi-même je ne croyais plus en ma capacité à être mère. Nous avons choisi de faire une longue pose pour réfléchir.

En début d’année 2019 j’ai fait un nouvel IRM de contrôle. Je suis désormais en endométriose stade IV, je ne peux plus passer par la FIV sans passer par la case congélation d’ovocytes et opération pour retirer un maximum de lésions. C’en est trop,  nous avons donc enfin verbalisé la réalité : nous ne serons jamais parents. Ces mots sont difficiles à écrire. Cette réalité-là est très complexe à vivre car c’est accepter ces années de souffrance « pour rien » mais c’est aussi accepter que nous ne serons jamais comme les autres, dans le moule que la société veut que nous adoptions dès notre naissance.

N’est-ce pas naturel de faire des enfants ? Et bien non, dans de nombreux cas, ce n’est pas naturel. Certains sortent du parcours PMA avec un enfant, d’autres non, par obligation ou par choix. Moi j’ai fait le choix de privilégier ma santé mentale et physique. Une proche s’est d’ailleurs permise de me dire que cette démarche est égoïste, que je devais faire tout ce qui est en mon pouvoir pour avoir un enfant. Je suis persuadée aujourd’hui qu’il n’y a rien de plus faux.  Rien au monde ne peut justifier de se mettre en danger pour une chance infime de tomber enceinte.

Les années ont passé, cela fait presque 5 ans que j’ai arrêté la pilule. Quand je regarde derrière moi, je ne vois qu’un immense trou noir. Ces années se sont écoulées sans que je ne me rende compte de rien. La PMA enferme les gens sur eux-mêmes, plus rien n’existe en dehors des rendez-vous médicaux et des espoirs sans cesse déçus. Nous n’avons plus de vie sociale, nous ne sortons plus, nous nous éloignons de ceux qui nous étaient proches (d’autant plus s’ils ont des enfants ou sont sur le point d’en avoir), nous perdons le goût des activités artistiques ou sportives que nous pratiquions. Les amis, la famille n’osent plus poser de questions ou le font de manière maladroite. C’est une spirale qui nous aspire vers le bas… et c’est très difficile de remonter la pente.

Et puis l’endométriose et les kystes sont toujours présents, je suis sous traitement permanent avec des antidouleurs pour enrayer les crises. Ces crises qui malgré tout me rappellent régulièrement que j’ai fait le bon choix.

Aujourd’hui je suis suivie par une psychiatre qui m’aide à verbaliser tout cela. Je ne peux pas dire que tout va bien, le deuil de la maternité est un processus long et difficile et je n’en suis qu’au début. Certains de mes proches ne sont pas au courant de ce renoncement, c’est dire la difficulté à en parler ! Il y a des jours ou je me sens bien, comme libérée d’un poids. Et des jours ou je suis au fond du trou, des jours ou plus rien n’a d’importance. J’ai encore du mal à retrouver de l’intérêt dans certaines activités que j’appréciais avant la PMA mais je sais que cela reviendra. Avec mon compagnon nous envisageons doucement l’avenir, nous organisons des vacances, des sorties et des bons restaurants. En attendant des jours plus sereins…

7 commentaires sur “Témoignage : Le deuil de la maternité est un processus long et difficile et je n’en suis qu’au début

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  1. Comme dit plus haut, on se sent moins seule lorsqu’on lit ce genre de témoignage. La PMA n’est pas un long fleuve tranquille qui amène forcément un enfant à la fin. Certaines en ressortent meurtries et c’est tellement injuste !

    Aimé par 2 personnes

    1. Oui on se sent moins seule et ça fait du bien d’exprimer ce que l’on ressent. Souvent l’infertilité engendre un sentiment de honte. Et puis c’est compliqué d’en parler parce que c’est un sujet douloureux pour nous toutes. Mais je suis persuadée que le fait d’en parler nous aidera certainement à accepter notre condition. Et puis les gens doivent se rendre compte de ce que l’on vit. Peut-être que leur regard changera sur les femmes comme nous…

      Aimé par 1 personne

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